Le départ (et les premiers jours)

Et c’est parti !

Voilà maintenant quelques jours que je suis partie de Nantes (3 au moment où j’écris ces mots), quatre jours de chez mes parents, et tout s’est enchaîné très vite. 145km (ouille) entre Angers et Nantes avec Paul-le-cycliste-que-rien-n-arrête (si ce n’est la tentation d’une baignade ou d’une glace ou de bosses à dévaler en VTT), une crevaison (déjà !), un passage rapide aux RDV de l’Erdre le vendredi, puis un réveil le samedi matin à 9h30 afin d’acheter les dernières choses qui me manquent. On enchaîne avec un petit pique nique devant l’école, et départ à 14h30, accompagnée par la chouette Ester et son tout aussi chouette VTT. L’objectif était Cholet, Ester m’accompagne jusqu’à Clisson. On emprunte des chemins un peu durs pour ma monture qui n’est absolument pas faite pour rouler sur des sentiers aussi sinueux et rocailleux, puis de la route toute goudronnée pour rejoindre Clisson. Ces deux jours là, j’ai un peu de mal : le guidon est lourd, mes épaules en prennent un coup, mes jambes aussi. Je sais bien que c’est normal, je ne peux pas monter des côtes de la même manière qu’avec un vélo vide, mais ça n’empêche pas mon cerveau de travailler : “est ce que je vais tenir ? combien de temps je vais tenir ? Ohlala c’est dur quand même”. Je me demande ce que j’ai pris en trop, ce que je peux renvoyer chez mes parents, mais je ne trouve qu’un ou deux objets pas nécessairement utiles. Je suppose qu’il va falloir que je m’y fasse.

Après avoir dit au revoir à Ester à la gare, je continue ma route. C’est vraiment dur de continuer seule, alors je visse les écouteurs dans mes oreilles et j’avance au rythme des Beatles, d’Abba, de Supertramp, bref, que des choses pas très avouables. Connaissant mon penchant à toujours chercher le meilleur endroit pour camper (“ah, là c’est cool, mais je suis sûre que je peux trouver encore mieux plus loin”), je me force à m’arrêter avant d’être complètement exténuée. Je monte lentement ma tente, et je défais encore plus lentement mes sacoches. C’est un peu compliqué, je cherche TOUT, rien n’est où je pense, il faut que je trouve une organisation qui me convienne. Il est alors largement l’heure de faire à manger, j’ai un mal fou à allumer mon réchaud, bref, tout est lent, très lent. Je me couche à 23h, épuisée, quand éclate un feu d’artifice pas très loin.
Réveil difficile à 8h20 : je voulais me lever à 7h30 mais j’ai passé la nuit à glisser sur mon matelas tout neuf et à me réveiller tout le temps pour me redresser, alors je me suis accordée un peu plus de sommeil. Je mange mon petit dej (le coup de main de l’allumage de réchaud commence à rentrer), range tout, et décolle à 10h30 : c’est tard. Je mets le cap sur Bressuire pour rendre visite à Céline et Dorian, et faire la connaissance de Camille, leur fils. J’arrive à 14h, on discute, ils m’ont préparé une assiette (merci ♥ ), on continue de discuter, et je reprends la route vers 15h40, direction Niort.

Le GPS me fait emprunter une voie verte que je suis avec plaisir : c’est une ancienne voie de chemin de fer, ombragée des deux côtés, qui ne fait quasiment que grimper mais qui roule très bien. J’éteins le GPS et roule 5, 10, 20 kilomètres, en réfléchissant à tout ce qui me passe par la tête, quand je me rends compte qu’il faudrait peut être que je vérifie ce que le téléphone indique : bilan, je me suis ajouté une petite dizaine de kilomètres. Ce n’est pas grave, je ne suis pas pressée, et je rejoins la bonne route. Ca monte, ça descend, et, comme Céline et Dorian m’avaient avertie, je ne fais que traverser de tout petits villages. L’architecture a bien changé depuis mon départ : les toits sont plus plats, en tuile, les maisons sont en pierres blanches, l’organisation des villages est complètement différente de ce que je connais, au Nord de la Loire. Il est 18h30, je traverse un dernier petit village, remplis mes bidons, et emprunte un tout petit chemin pour me trouver un coin où planter ma tente. Je repère un champ, plutôt plat, et je me dirige vers celui-ci. J’y arrive, deux agriculteurs discutent au milieu. J’hésite à aller leur parler, mais je ne vois pas d’autre endroit où je peux camper. Tant pis, je pose mon vélo et me dirige vers eux. On discute un peu, “pas de problème, mets ta tente où tu veux”, “non il n’y a rien dans la parcelle, mets toi où tu veux, y’a la place”, “ah la Sarthe, c’est d’là qu’il vient Paulo”, “un an à vélo ? mais l’école alors ?”, “si tu as besoin, il y a mon fils qui habite en bas, là, n’hésite pas”. Ils me font beaucoup penser à mon grand père, ça me met plutôt à l’aise. Je monte ma tente et range tout – plus rapidement cette fois -, je commence à prendre mes repères; matelas à droite de la tente, du côté de l’absyde où il y a les sacoches, et je me réserve le côté gauche pour mettre tout mon bazar, m’asseoir pour faire à manger…
Mes pâtes sont alors en train de cuire quand j’entend un bruit de moteur : je croyais que c’était un tracteur, mais je l’entends se rapprocher de plus en plus. Je sors de ma tente et je vois les deux grand-pères revenir dans leur 4×4 blanc : “on apporte l’apéro !”. Ca me fait beaucoup sourire, ils me demandent si j’aime bien le Pineau, le whisky, ce que je veux boire. Ils me servent un grand verre de Pineau (“ça te fera dormir”), on discute un peu plus, l’un d’entre eux me donne son numéro de téléphone (“tu nous dira où tu es dans une ou deux semaines !”) et ils s’en vont après avoir fini leur whisky – mon verre est encore à moitié plein. Je mange donc mes pâtes accompagnées d’un peu de pineau, et je vais me coucher.

Le lendemain, grande nouvelle : une douche m’attend chez les parents d’Amaury, mais elle est 130 km. Je pars à 9h, dévale le petit chemin que j’avais grimpé la veille en priant de ne pas crever : c’est raté, mon pneu avant est tout plat quelques mètres après avoir rejoint la route. Je passe une heure à essayer de trouver le trou dans la chambre à air, je n’y arrive pas. Tant pis, je n’ai pas le temps, et en plus je n’ai plus d’eau alors que j’ai très soif, donc je change de chambre à air en me réservant l’autre à réparer à un autre moment. Je m’arrête vers midi à un Super U pour m’acheter de quoi manger : j’y croise les deux premiers cyclo touristes, on discute un peu, et je vais faires mes courses. En sortant du supermarché, voilà deux autres cyclistes : deux Ecossais avec lesquels on parle de midges et de moustiques, de paquets toujours trop grands, de camping. Je repars, il est presque 13h et je n’ai fait que 20km. Je passe mon après midi entre des champs de maïs et de tournesol, sans aucune ombre alors que mon compteur indique plus de 40°C. J’avance péniblement, ça monte, ça descend, la route est très passagère et les voitures se déportent à peine en doublant. Par chance, je croise un figuier (coucou maman, coucou Ester), je remplis ma petite sacoche de figues bien mûres, et je continue. J’ai l’impression que mes roues collent au bitume, ou que mes pneus sont crevés, ou que mes axes de roue sont cassés, je maudis les grands champs qui n’ont pas de haies pour faire un peu d’ombre, les voitures qui me font peur à chaque fois qu’elles me doublent, mais l’appel de la douche est assez tentant pour me faire pédaler.

J’arrive à Saintes, épuisée et transpirante, les fesses et les jambes en compote, et je suis accueillie par une douche (YES !!), un dîner avec plein de légumes (re-YES !!), un vrai lit (oserai-je écrire re-re-YES ?). En me couchant, je me rends compte que j’ai pédalé 450 km en quatre jours, ce n’est pas si étonnant que je sois aussi fatiguée. Je décide donc de me reposer un peu le lendemain : je profite de la connexion internet pour régler ce qui devait l’être, je visite Saintes, et je roule une trentaine de kilomètres seuelement pour piquer ma tente au milieu des vignes, d’où j’écris tout ça. Prochaine étape : Bordeaux, qui n’est plus qu’à une centaine de kilomètres.

1 Comment

  1. lathelize
    6 septembre 2018

    Bravo! Merci pour ce billet ; on a l’impression d’être avec toi ( la sueur et les figues en moins). Bien sur que tu en as fait beaucoup ces quelques premiers jours! Prends soin de toi. Et aussi on s’est un peu inquiétés quand tu disais que tu buvais du wisky avec 2 agriculteurs ( tu n’avais pas dit que c’était des papys!). Alors prends vraiment soin de toi. On t’embrasse!

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